Les termes sont rangés du plus fondamental au plus technique, et chacun
porte un exemple tiré de cette semaine précise. Quand une définition s’appuie sur un autre
terme, elle y renvoie par un lien : vous pouvez donc entrer n’importe où et remonter le fil.
Si vous arrivez ici depuis un lien, le terme concerné est mis en évidence.
Paire de devises
le piège le plus courant du bilan
Une monnaie n’a pas de prix toute seule : elle n’a de valeur que comparée à une
autre. On écrit donc toujours deux monnaies, et l’ordre décide du sens.
EUR/USD se lit « combien de dollars pour un euro ». Quand ce nombre
monte, l’euro se renforce — donc le dollar s’affaiblit.
USD/JPY se lit « combien de yens pour un dollar ». Quand ce nombre
monte, c’est l’inverse : le dollar se renforce et le yen s’affaiblit.
Cette semaine, EUR/USD et USD/JPY ont tous les deux monté.
Cela ne veut donc pas dire « tout est monté » : cela veut dire que le dollar a perdu
contre l’euro et gagné contre le yen. Une bonne moitié des malentendus sur le change
vient de cette seule inversion.
Base rate
aussi appelée « le repère » dans ce bilan
C’est la fréquence à laquelle une chose se produit habituellement, avant
d’avoir regardé quoi que ce soit. Si l’euro a monté 50,2 % des semaines depuis vingt
ans, alors 50,2 % est le repère : c’est ce que dirait quelqu’un qui n’aurait ouvert
aucun graphique.
Son rôle est d’empêcher qu’on s’attribue le mérite de ce que l’histoire donnait
déjà. Annoncer 55 % là où le repère vaut 50,2 %, ce n’est pas parier 55 % : c’est
parier 4,8 points. Le reste ne nous appartient pas.
Le pari le plus révélateur de la semaine est celui sur le S&P
500 : annoncé à 57 %, pour un repère de 57,4 %. L’indice a monté, la prévision était
juste — et l’avantage est négatif. Nous n’avions rien revendiqué, donc nous
n’avons rien gagné.
Score de Brier
la note, et elle se lit à l’envers
On prend l’écart entre la probabilité annoncée et ce qui est réellement arrivé
(écrit 1 si l’événement a eu lieu, 0 sinon), et on met cet écart au carré. Annoncer
56 % pour un événement qui se produit donne (1 − 0,56)² = 0,1936.
Plus la note est basse, meilleure elle est. Le carré est là pour
punir la fausse assurance beaucoup plus lourdement que l’hésitation : se tromper de
0,4 coûte quatre fois plus que se tromper de 0,2.
Annoncer 99 % et se tromper coûte un avantage de −2,516. Avoir
raison à 75 % n’en rapporte que +0,719. Le déséquilibre est voulu.
Le calcul est démonté pas à pas ici.
Avantage
la seule mesure qui distingue l’analyse de la chance
On compare sa propre note à celle qu’aurait obtenue
le repère, en divisant l’une par l’autre et en
retirant le tout de 1. Positif, on a fait mieux que le déjà-connu ; négatif, on a fait
moins bien ; nul, on n’a rien apporté.
Point technique qui compte : pour résumer plusieurs paris, on additionne les
notes puis on divise une seule fois. Faire la moyenne des avantages ligne à
ligne donne un nombre qui ne répond à aucune question — cette semaine il vaut +0,0255
au lieu de +0,0372, donc moins flatteur ; une autre semaine il penchera dans
l’autre sens, et c’est précisément pourquoi on ne s’en sert pas.
Sur les neuf paris de la semaine, l’avantage total vaut
+0,0372. Positif, donc — mais très en dessous du seuil à partir duquel
on peut en dire quoi que ce soit.
Plancher de bruit
le seuil de crédibilité d’un résultat
Un avantage positif ne prouve rien tout seul :
la chance en produit aussi. Le
plancher est le niveau qu’il faut dépasser pour qu’un résultat soit plus rare que la
chance — ici, le niveau que seuls 5 tirages au hasard sur 100 atteignent.
Il se calcule en rejouant la semaine des dizaines de milliers de fois sous
l’hypothèse qu’on n’apporte rien, en respectant le fait que les actifs bougent souvent
ensemble. Cette dernière précision compte beaucoup : ignorer les liens entre actifs
donne un plancher trop bas, donc trop facile à franchir.
Pour cette semaine, le plancher vaut 0,121 et
notre avantage 0,037. Trente tirages sur cent font aussi bien que nous
sans aucune analyse. La semaine est donc banale, ni bonne ni mauvaise.
Observation effective
pourquoi neuf paris ne font pas neuf informations
Si deux paris disent la même chose, ils se trompent ensemble et ont raison ensemble.
Ils ne comptent donc pas pour deux. En mesurant à quel point les actifs bougent de
concert, on obtient le nombre de paris réellement distincts que contient un panier.
Les neuf lignes de la semaine valent 3,58
observations réelles. Les cinq paris de change à eux seuls n’en valent que 1,97 : ils
disaient tous « le dollar va s’affaiblir ». Moins d’observations veut dire un plancher
de bruit plus haut, donc une exigence plus dure.
Seuil d’invalidation
le niveau qui tue une idée
Un prix fixé à l’avance au-delà duquel la thèse cesse d’être défendable. Il est écrit
avant, en même temps que la prédiction, pour qu’on ne puisse pas le déplacer
après coup — ce qui est la façon la plus courante de ne jamais avoir tort.
Invalidé n’est pas résolu. Un seuil franchi dit que l’idée est
morte ; il ne dit pas quelle sera l’issue mesurée à la date prévue. Les deux se
constatent séparément.
Le seuil du pari le mieux classé de la semaine — 159,15 yens pour
un dollar — a été franchi le lundi soir, premier jour. La ligne a
pourtant été conservée telle quelle et notée le vendredi. Une prédiction qu’on retire
quand elle tourne mal ne mesure plus rien.
Valeur refuge
une notion vraie en principe, et que nous n’avons pas retrouvée
L’idée reçue veut que certains actifs — le yen japonais, le franc suisse, l’or —
montent quand l’inquiétude monte, parce que les investisseurs s’y abritent. C’est
l’explication qu’on lit partout.
Nous avons voulu l’employer pour raconter cette semaine, puis nous l’avons vérifiée.
Sur 1 020 semaines, le lien entre le dollar-yen et la Bourse américaine vaut +0,064, et
−0,048 sur les cinq dernières années. Pour le franc, −0,029. Le plus fort des
trois explique 0,4 % des variations d’une semaine — autant dire rien. À
l’échelle d’une semaine ordinaire, ces deux monnaies ne portent donc aucun signal de peur
exploitable. Sur ce qu’elles feraient dans une vraie crise, cette mesure est muette : elle
porte sur toutes les semaines, pas sur les semaines de panique.
Le terme est gardé dans ce lexique parce qu’il est partout, et
accompagné de sa réfutation parce qu’elle est mesurée.
L’histoire complète est ici.
Surprise
ce qui fait bouger les prix — pas la nouvelle
Les marchés ne réagissent pas aux chiffres, mais à l’écart entre le chiffre et ce
qui était attendu. Un chômage à 4 % n’est ni bon ni mauvais dans l’absolu : tout dépend
si l’on attendait 3,8 % ou 4,2 %. Le prix d’aujourd’hui contient déjà ce que tout le
monde anticipe de demain.
Mercredi, l’inflation américaine est sortie exactement sur
les attentes, sur les quatre mesures publiées. Surprise nulle, donc réaction
nulle : le rendez-vous que toute la semaine attendait n’a rien tranché.
Calibration
la promesse qu’une probabilité engage
Être bien calibré, c’est que sur toutes les fois où l’on annonce 70 %, la chose
arrive environ 70 fois sur cent. Ni plus, ni moins. Quelqu’un qui annonce toujours 90 %
et se trompe une fois sur deux n’est pas malchanceux : il est mal calibré, et cela se
mesure sur la durée.
Neuf paris ne permettent pas de juger une calibration — il en
faudrait des centaines, réparties sur toute l’échelle des probabilités. C’est pourquoi
ce bilan ne publie aucune courbe de calibration : avec neuf points serrés entre
45 % et 58 %, on dessinerait du bruit qui aurait l’air d’une courbe.
Décision-support
ce que ce travail est, et ce qu’il n’est pas
Analyser, prévoir, chiffrer, expliquer — et s’arrêter là. Aucun ordre n’est passé,
aucun niveau d’entrée ni de sortie n’est donné, aucune position n’est recommandée. Le
travail éclaire une décision ; il ne la prend pas.
C’est aussi ce qui rend ce bilan publiable tel quel : il ne contient
aucune position, aucun montant, aucune donnée personnelle. Ce qu’il publie, ce sont des
probabilités écrites à l’avance et les notes qu’elles ont obtenues.