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Ichor Le bilan de la semaine · S33 · lundi 10 au vendredi 14 août 2026
01 — la correction

Nous nous étions déjà trompés sur notre propre erreur

Deux paris sur neuf ont échoué : le yen et le franc suisse. La première version de ce bilan expliquait qu’il s’agissait d’une seule erreur commise deux fois, parce que ces deux actifs « bougent ensemble ». Nous l’avons mesuré au lieu de le supposer. C’est faux.

Chiffre publié, puis démenti par la mesure
ce que nous avions écrit 1 erreur, ×2 ce que la mesure donne 1,47 pari indépendant

Sur 1 021 semaines d’historique, le lien entre ces deux paris vaut +0,364 — où 0 voudrait dire « aucun rapport » et 1 « exactement la même chose ». Deux lignes écrites valent donc environ 1,47 pari réellement distinct. « Une seule erreur commise deux fois » surévalue le recouvrement ; « deux erreurs indépendantes » le sous-évalue. Les deux lignes se recouvrent à peu près à moitié.

Nous laissons la correction visible plutôt que de remplacer le chiffre en silence. Un bilan qui se corrige à la baisse sans le dire vaut moins qu’un bilan qui ne se corrige pas.

02 — ce que nous avons parié

Cinq paris de change, un seul sujet : le dollar

Les cinq paris portant sur des devises disaient tous, sans exception, la même chose. Ce n’est pas évident à voir, parce que trois montent et deux descendent — mais le sens se renverse selon la façon dont la paire est écrite.

Les cinq paris de change, traduits en une seule phrase sur le dollar
Le pariCe qu’il dit littéralement Ce qu’il dit du dollar
EUR/USD ↑ l’euro monte face au dollar le dollar faiblit
GBP/USD ↑ la livre monte face au dollar le dollar faiblit
AUD/USD ↑ l’aussie monte face au dollar le dollar faiblit
USD/JPY ↓ le dollar baisse face au yen le dollar faiblit
USD/CHF ↓ le dollar baisse face au franc le dollar faiblit
Cinq lignes, deux informations

En mesurant à quel point ces cinq paris bougent ensemble une fois ramenés sur la même jambe, on obtient un lien moyen de +0,384. Traduit en nombre de paris réellement distincts, cela donne 1,97 pour cinq lignes écrites. Écrire cinq convictions ne produit pas cinq informations : il faut mesurer combien d’entre elles disent la même chose.

03 — ce que la semaine a fait

Le marché ne traitait pas le dollar

Voici le point où tout bascule. Nous avons cinq paris sur le dollar ; il suffit donc de regarder ce que chaque devise a réellement fait, non pas contre le dollar seul, mais contre l’ensemble des autres. Une devise qui monte contre toutes les autres est forte ; une devise qui baisse contre toutes est vendue.

La semaine ne s'est pas jouée sur le dollar. Elle s'est jouée contre le yen et le franc.

Chaque barre mesure ce qu'une devise a gagné ou perdu par rapport à la moyenne des six. Le dollar, sur lequel portaient nos cinq paris de change, arrive quatrième.

La semaine ne s'est pas jouée sur le dollar. Elle s'est jouée contre le yen et le franc. Six barres horizontales de part et d'autre d'un axe central. La livre, le dollar australien, l'euro et le dollar américain sont à droite du zéro ; le franc suisse et le yen japonais sont à gauche, le yen étant le plus éloigné. force de chaque devise, écartée de la moyenne des six −0,8 −0,4 0,0 0,4 GBP · livre +0,467 AUD · aussie +0,396 EUR · euro +0,269 USD · dollar +0,160 CHF · franc −0,497 JPY · yen −0,796 Le dollar arrive 4ᵉ sur 6 : la semaine ne s'est pas jouée sur lui.
Les chiffres exacts de cette figure
Force de chaque devise sur la semaine, écartée de la moyenne des six (en pourcentage logarithmique)
DeviseÉcart à la moyenneContre le dollar
GBP · livre sterling+0,467+0,306 %
AUD · dollar australien+0,396+0,236 %
EUR · euro+0,269+0,109 %
USD · dollar américain+0,1600,000 %
CHF · franc suisse−0,497−0,657 %
JPY · yen japonais−0,796−0,956 %
Une vérification qui ne dépend d’aucune convention

Ce classement pourrait dépendre de la façon dont on le construit. On le vérifie donc par un autre chemin : si le yen est vraiment la devise la plus vendue, alors toutes les paires qui l’opposent à une autre devise doivent monter. C’est le cas des cinq sur cinq — la livre contre le yen fait +1,26 %, l’aussie +1,19 %, l’euro +1,07 %, l’or +2,22 %, et même le franc suisse, pourtant vendu lui aussi, gagne +0,30 % contre lui. Pour le franc, trois sur trois. Aucune des deux mesures ne s’appuie sur l’autre, et elles disent la même chose.

04 — la vraie nature de l’erreur

Nous n’avons pas eu tort de direction. Nous avons eu tort de sujet.

Le dollar arrive quatrième sur six. Il n’a presque rien fait. Les trois devises cycliques — livre, aussie, euro — se tiennent dans un mouchoir : 0,197 point les sépare toutes les trois. Pendant ce temps, l’écart entre la plus forte et la plus faible atteint 1,262 point, et il est presque entièrement fabriqué par la chute du yen et du franc.

L’axe sur lequel nous avons parié

« Le dollar va s’affaiblir. » Cinq lignes, une seule idée, notée sur un axe où il ne s’est presque rien passé. Trois lignes l’ont emporté parce que le dollar a légèrement cédé face aux cycliques — des mouvements de 0,11 % à 0,31 %, soit moins d’un quart de ce que bouge une semaine ordinaire sur ces paires.

L’axe que le marché a traité

« Le yen et le franc vont être vendus. » Un mouvement de 0,66 % à 0,96 %, soit deux à neuf fois plus ample. Nos deux paris perdants disaient exactement l’inverse : ils voyaient ces deux devises se renforcer. Ce n’étaient pas nos deux plus mauvaises lectures — c’étaient nos deux seules lectures posées sur le bon sujet, et elles étaient à l’envers.

Et il faut ajouter ce que ce tableau ne montre pas de lui-même : même l’axe qui a « bougé » est resté sous un mouvement hebdomadaire typique — 0,68 et 0,46 écart-type. Autrement dit, la semaine entière a été calme, et notre axe l’était encore plus. Se tromper de sujet une semaine calme ne coûte presque rien ; la même erreur une semaine agitée coûte le double du reste.

Une erreur de direction se corrige en changeant d’avis. Une erreur de sujet ne se corrige pas comme ça : on peut avoir raison sur son sujet toute l’année et rester à côté de ce qui fait bouger les prix. C’est un défaut plus profond, et il ne se voit pas dans un score.

05 — l’explication que nous avons jetée

Une histoire élégante, et fausse

Avant de mesurer, nous allions écrire ceci, et c’est l’explication qu’on lit partout : le yen et le franc sont des valeurs refuges, l’euro et l’aussie sont des devises cycliques, donc la semaine aurait été une rotation des refuges vers le cyclique. C’est cohérent, c’est enseigné, et ça se raconte bien.

L’hypothèse

Le yen et le franc réagissent à la peur : quand elle monte, ils montent. Ils devraient donc évoluer à l’inverse des marchés d’actions, qui montent quand la confiance revient.

Ce que 1 020 semaines disent

Le lien entre le dollar-yen et l’indice américain vaut +0,064 sur tout l’historique et −0,048 sur les cinq dernières années. Pour le franc, −0,029. Trois nombres minuscules : le plus fort des trois explique 0,4 % des variations hebdomadaires, et les deux autres ne se distinguent pas de zéro. Le signe qui s’inverse d’une fenêtre à l’autre n’est pas une preuve supplémentaire — c’est simplement ce que fait un lien voisin de zéro quand on le mesure sur deux périodes différentes.

Ce que cette mesure ne dit pas, et il vaut mieux l’écrire que le laisser croire : une corrélation calculée sur toutes les semaines ne peut pas réfuter un comportement de refuge qui n’apparaîtrait que pendant les épisodes de panique. Ce qu’elle établit est plus étroit, et suffisant pour notre usage : à l’échelle d’une semaine ordinaire — celle à laquelle nous écrivons nos paris — ces deux devises ne portent aucun signal de peur exploitable. Sur ce que ferait le yen dans une vraie crise, elle est muette.

Pourquoi nous racontons ce détour

Parce que si nous avions écrit la page d’abord et mesuré ensuite — ou pas du tout — nous aurions publié une explication séduisante et fausse, que personne n’aurait contestée. Une hypothèse réfutée qu’on efface se reforme le mois suivant, avec la même élégance. Celle-ci reste écrite, dans la page et dans le code qui l’a réfutée.

06 — ce qui change

Un constat qui ne change rien n’est pas un constat

Trois choses ont été construites cette semaine, et elles tournent — ce ne sont pas des intentions notées dans un carnet.

Mesurer combien de paris distincts contient un panier

Avant de publier des prédictions, on calcule désormais combien d’entre elles disent la même chose. Neuf lignes qui valent quatre observations ne se présentent plus comme neuf.

Calculer le seuil au-dessus duquel un résultat cesse d’être de la chance

Ce seuil dépend des probabilités annoncées et de leur recouvrement. Il est maintenant simulé, pas estimé — et il a fait apparaître que le seuil publié était près de deux fois trop bas. Le détail est sur la page des scores.

Vérifier de quel sujet parle réellement la semaine

Le classement de force des devises se calcule en quelques secondes et aurait dit, dès le mardi, que le sujet de la semaine n’était pas celui sur lequel nous avions posé cinq lignes.

Ce que cette page ne prétend pas

Elle ne dit pas que les paris auraient été gagnants si nous avions regardé le bon axe : on ne peut pas savoir ce qu’on aurait annoncé. Elle dit une chose plus modeste et plus solide : cinq de nos neuf lignes portaient sur une question à laquelle la semaine n’a pas répondu, et rien dans le dispositif ne le signalait.