Sept prédictions justes sur neuf.
Et ça ne prouve presque rien.
Chaque dimanche, nous écrivons neuf paris chiffrés sur la semaine qui vient. Cette semaine, sept se sont réalisés. C’est une bonne nouvelle qui n’en est pas tout à fait une : six de ces neuf issues étaient déjà les plus probables avant que nous ayons ouvert le moindre graphique. Toute la page qui suit sert à expliquer cette phrase, lentement, sans rien supposer de connu.
Un bilan qui se contenterait d’annoncer « sept sur neuf » serait flatteur et faux. Ce qui compte n’est pas le nombre de fois où l’on a eu raison : c’est l’écart entre ce que nous avons annoncé et ce qui était déjà probable sans nous. C’est la seule mesure qui distingue une analyse d’un pile ou face chanceux — et cette semaine, cet écart est très faible.
Chaque pari se juge contre son repère, jamais tout seul
Avant toute analyse, on peut déjà savoir à quelle fréquence un actif monte d’une semaine sur l’autre. On appelle cela la base rate, ou le « repère ». Sur l’euro contre le dollar, ce repère vaut 50,2 % : sur les vingt dernières années, l’euro a monté un peu plus d’une semaine sur deux. Annoncer 55 % de chances de hausse, c’est donc ne parier réellement que 4,8 points — le reste, n’importe qui l’aurait dit.
Sept paris sur neuf ont eu raison. Six seulement apportaient un avantage.
Chaque ligne montre la probabilité annoncée (le carré) et ce qui était déjà probable sans aucune analyse (le trait). Le segment entre les deux est le seul pari réellement pris.
Les chiffres exacts de cette figure
| Pari | Annoncé | Déjà probable | Écart | Avantage |
|---|---|---|---|---|
| USD/JPY | 45 % | 53,8 % | −8,8 pts | −0,417 |
| USD/CHF | 46 % | 49,9 % | −3,9 pts | −0,162 |
| EUR/USD | 55 % | 50,2 % | +4,8 pts | +0,183 |
| GBP/USD | 53 % | 48,6 % | +4,4 pts | +0,164 |
| AUD/USD | 55 % | 52,1 % | +2,9 pts | +0,117 |
| XAU/USD | 56 % | 52,8 % | +3,2 pts | +0,131 |
| S&P 500 | 57 % | 57,4 % | −0,4 pts | −0,019 |
| Nasdaq-100 | 58 % | 57,6 % | +0,4 pts | +0,019 |
| Découplage or | 52 % | 45,9 % | +6,1 pts | +0,213 |
Le trait clair marque ce qui était déjà probable. Le carré marque ce que nous avons annoncé — le même carré que sur les neuf jauges de la page des paris. Le segment entre les deux est le pari réellement pris — et c’est la seule partie qui puisse nous être créditée. Sur le S&P 500, ce segment est presque invisible : nous avons annoncé 57 % là où le repère valait déjà 57,4 %. Nous avons eu raison, et nous n’avons rien apporté.
Les huit actifs ont monté. La semaine n’a pourtant pas eu un seul sens.
C’est le point le plus contre-intuitif de la semaine, et il mérite qu’on s’y arrête. Une paire de devises s’écrit toujours avec deux monnaies : USD/JPY se lit « combien de yens pour un dollar ». Quand ce nombre monte, ce n’est pas « le marché » qui monte — c’est le dollar qui gagne contre le yen. À l’inverse, EUR/USD se lit « combien de dollars pour un euro » : quand il monte, c’est le dollar qui perd.
Cette semaine, les huit actifs ont clôturé au-dessus de leur niveau du vendredi précédent. Mais comme certains se lisent dans un sens et d’autres dans l’autre, cela signifie que le dollar a gagné contre le yen et le franc suisse, et perdu contre l’euro, la livre et le dollar australien. Ce n’est donc ni « le dollar monte », ni « le dollar baisse ».
Les huit actifs ont monté. Et pourtant la semaine n'a pas eu un seul sens.
Quand une paire comme USD/JPY monte, c'est le dollar qui gagne contre le yen. Quand EUR/USD monte, c'est le dollar qui perd contre l'euro. Tout monter ne veut donc pas dire que tout va dans le même sens.
Les chiffres exacts de cette figure
| Actif | 7 août | 14 août | Variation | Famille |
|---|---|---|---|---|
| USD/JPY | 157,81 | 159,32 | +0,961 % | yen et franc — les deux devises vendues cette semaine |
| USD/CHF | 0,80808 | 0,81341 | +0,660 % | yen et franc — les deux devises vendues cette semaine |
| EUR/USD | 1,1558 | 1,157 | +0,109 % | euro, livre, aussie — les trois devises achetées |
| GBP/USD | 1,3492 | 1,3534 | +0,307 % | euro, livre, aussie — les trois devises achetées |
| AUD/USD | 0,70685 | 0,70852 | +0,236 % | euro, livre, aussie — les trois devises achetées |
| XAU/USD | 4 335,6 | 4 390,7 | +1,272 % | métal précieux |
| S&P 500 | 7 757,6 | 7 785,8 | +0,362 % | indice d'actions américaines |
| Nasdaq-100 | 29 722 | 30 046 | +1,090 % | indice d'actions américaines |
L’explication qu’on lit partout dirait que le yen et le franc sont des valeurs refuges qu’on vend quand la peur retombe. Nous avons voulu l’écrire, puis nous l’avons vérifiée sur 1 020 semaines : elle ne tient pas. Ce que la mesure donne est plus simple et plus net. En classant les six devises par ce qu’elles ont fait contre toutes les autres, le yen arrive dernier et le franc avant-dernier, tandis que le dollar — sur lequel portaient nos cinq paris de change — n’arrive que quatrième sur six.
Nous n’avons pas eu tort de direction : nous avons eu tort de sujet. Le marché ne traitait pas le dollar cette semaine ; il vendait le yen et le franc, et nos deux seules lignes posées sur ces deux devises disaient l’inverse.
Cette erreur a une page entière, parce qu’elle est instructive →
Le pari le plus tranché de la semaine est le plus faux
- Écrit le
- 09.08.2026 — 19 h 05
- Pari
- S33-01 · USD/JPY
- Annoncé
- 45 %
- Repère
- 53,8 %
- Rang
- n° 1 de la semaine
- Issue
- perdu
Nous pensions que le dollar allait baisser face au yen : 45 % de chances de hausse, quand le repère en donnait 53,8 %. C’était l’écart le plus grand des neuf paris — 8,8 points — donc la conviction la plus forte de la semaine, et elle était classée première.
Le dollar a monté de 0,96 % face au yen. Le pari le plus travaillé de la semaine est celui qui a le plus mal fini. Ce n’est pas un accident de parcours : c’est précisément la raison pour laquelle on écrit les prédictions avant et qu’on ne les retouche jamais après.
Chaque pari est accompagné d’un seuil d’invalidation : un niveau de prix au-delà duquel l’idée cesse d’être défendable. Celui de ce pari a été franchi le lundi 10 août à 20 h, soit le premier soir de la semaine. La ligne a malgré tout été conservée telle quelle jusqu’au vendredi, et c’est volontaire : une prédiction qu’on retire quand elle tourne mal ne mesure plus rien.
Mais cela met au jour un vrai défaut, et nous préférons l’écrire que le taire. Le suivi quotidien, lui, l’a bien vu : dès le lendemain matin, il écrivait que ce pari était invalidé et que c’était arrivé la veille à 20 h. Ce qui a manqué, c’est le lien entre ce constat et le classement : le pari est resté affiché en tête pendant quatre jours alors qu’une autre page du même dispositif le donnait déjà pour mort. Un défaut de circulation de l’information, pas un défaut de détection.
Cinq pages pour comprendre le reste
Chacune répond à une question, et se lit indépendamment des autres.
| Page | La question qu’elle répond |
|---|---|
| La semaine | Que s’est-il passé, jour après jour ? |
| Les neuf paris | Chaque pari, son repère, son issue, son résultat |
| L’erreur | Pourquoi les deux échecs n’en font qu’un |
| Lire un score | Comment on note une prévision, depuis zéro |
| Les mots | Chaque terme technique, expliqué simplement |